Chapitre III — p. 98
(suite de la p. 97)
l’intérêt des recherches du P. Jousse fut de montrer qu’ « entre la composition orale et la mise par écrit, il peut y avoir de nombreux siècles d’intervalle. Ramener la date de la composition orale à la date de sa mise par écrit serait donc une grossière erreur de critique, » observe Frédéric Lefèvre. C’est comme si l’on attribuait à Esdras, qui est, en fait, l’« éditeur » de la Thorah, des récitatifs datant de Moïse, ou d’avant. Ou aux massorètes ponctuateurs de Tibériade une tradition datant des Sopherim de Babylone.
Il serait intéressant de reprendre les recherches sur la récitation des voyelles longues, voyelles écrites. Par exemple l’anglais — si musical en poésie — fait, en réalité, porter « l’explosion énergétique » sur les consonnes et utilise des allitérations spontanées. Au contraire, l’hébreu, l’araméen, l’arabe, à écriture consonantique, font porter « l’explosion énergétique » sur les voyelles. La détection des voyelles rythmiques, dans les « mots accroches » et les répétitions de style oral, se révélera — sans doute — différente de notre propre détection des voyelles exégétiques, lors de la mise par écrit. On pourrait — peut-être — arriver sinon à distinguer, du moins à mettre en valeur, deux sortes de parallélisme. Celui d’ordre pratique : gestuel, mnémotechnique, pendulaire, humain et celui d’ordre sacré, scripturaire, exégétique, traduction du Circulus Trinitaire. Les deux s’entrelaçant. Pour l’instant, la simple observation du texte (débarrassé de toutes les fausses coupures), du texte esdraïque, le seul sur lequel vous pouvez valablement raisonner, vous fournira, sans cesse, le pourquoi, la Cause Première.
Le Premier Concile du Vatican « n’a rien voulu définir, et n’a rien défini, sur le mode de l’inspiration scripturaire, ni sur l’étendue de cette inspiration ». Vu la confusion créée par les hypercritiques et les sémitisants — qui n’a fait qu’augmenter depuis —, ce Premier Concile n’a point voulu s’engager à reconnaître « l’inspiration à chacune des particules et aux mots eux-mêmes des livres inspirés ». Dans l’ignorance des lettres-nombres, c’était prudent. Il convient de distinguer les parties hébraïques de l’Ancienne Alliance, canonisées, en quelque sorte, par Esdras, et la Nouvelle, en grec, dont le texte est « exact en substance, mais non dans le détail ». Les parties grecques de l’Ancienne Alliance (Livres de Judith ou de Tobie, par ex.) pourront y être jointes.
Il est tout à fait anormal que l’Église Romaine se soit attachée à la traduction dite : la Vulgate… sans avoir, au préalable, pris position sur les fondations mêmes de l’édifice Jérômien, à savoir
(suite p. 99)
Vérification / notes projet ★★
Page méthodologique clé pour le projet (grade B) : Bardet pose ici la thèse fondatrice que le texte esdraïque massorétique est « le seul sur lequel vous pouvez valablement raisonner » — position méthodologique identique à celle de CLG (« le système ne fonctionne qu’avec le Massorétique », cf. instructions v2). Cette page est la source directe, chez Bardet lui-même, du principe méthodologique n°3 hérité par CLG.
Point théologique à noter : Bardet rappelle que Vatican I n’a rien défini sur le mode ni l’étendue de l’inspiration — argument qu’il utilise pour justifier la liberté d’une lecture « lettres-nombres » du texte hébreu, sans entrer en contradiction avec le magistère.
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