Chapitre III — p. 99

(suite de la p. 98)

le texte original en hébreu biblique. Serait-ce un dessein de la Providence, la question primordiale : la structure même du texte sacré, est restée tout à fait libre…

Plus vous pousserez loin l’étude du détail, plus il faudra admettre, chez Esdras, le re-scripteur des Écritures, une inspiration de valeur au moins égale à celle de Moïse et des Prophètes. Soit pour avoir souligné par des lettres et des nombres tout le jeu trinitaire, toutes les allusions à Jésus et à son Incarnation ; soit pour avoir conservé les anomalies existantes, avant son « épluchage » du texte ; soit enfin, pour avoir fixé définitivement les découpages (en Ph R Sh, versets, mots et groupes de mots) de la scriptio continua des Rouleaux. L’inspiration peut, en effet, éclairer soit la mémoire des faits ou des paroles reçues (cas typique des Évangélistes), soit l’imagination de celui qui contemple un texte pré-établi. Dans les deux cas, vous restez dans le registre du Père⁹, de la « memoria », c’est-à-dire dans l’obscurité de la Foi, la nuit du sens, l’intelligence dite habituelle, pour employer trois expressions de plus en plus techniques.

Peut-être serait-il bon de vous rappeler ce qu’est — expérimentalement — l’inspiration ; que ce soit celle du poète, de l’artiste ou du mystique. Tout l’opposé de l’écriture automatique. Certes, il existe une sorte de grand thème ou de grand schème donné, directeur. Mais toute la difficulté consiste dans la mise en place des détails qui vous sont fournis « par petites bouchées », comme dit Jean de la Croix. Il est fort rare qu’un ensemble vous soit donné d’un jet, et — encore plus — qu’on puisse le transcrire d’un jet. Il faudra revenir sur, re-préciser chaque détail. Puisqu’il s’agit d’une création d’organisme vivant et non d’un assemblage d’éléments préfabriqués et normalisés, ce ne peut être un simple montage de parties numérotées à l’avance. Voyez les tableaux de Chagall. Les « petites bouchées » s’ajoutant aux « petites bouchées » vous feront passer, parfois, d’une structure trine à une quaternaire puis quinaire… Et comme le mystique n’est qu’obéissance, qu’il ne gouverne en aucune façon ni le rythme de la pluie ni l’ordre des gouttes¹⁰… ce n’est qu’une fois la maturation achevée qu’il sait que le fruit peut être cueilli, et offert.

Henri Bergson a pertinemment vu que ce qui caractérise le grand mystique, c’est « un bon sens supérieur ». Ce qui caractérise un écrivain inspiré c’est, également, une lucidité particulière, une exactitude poussée dans l’expression, le graphisme. Paul Valéry l’a noté dans Variété I au sujet de la Poésie : « Celui même qui veut écrire son rêve se doit d’être infiniment éveillé… Ce ne fut

(suite p. 100)

Vérification / notes projet ★★★

Passage-clé pour la légitimation méthodologique du projet (grade A pour la citation, non gématrique elle-même) : Bardet attribue explicitement à Esdras une inspiration se manifestant « pour avoir souligné par des lettres et des nombres tout le jeu trinitaire, toutes les allusions à Jésus et à son Incarnation » — c’est la formulation la plus nette, trouvée jusqu’ici dans le TSI, de la thèse que la numération esdraïque est elle-même un charisme d’inspiration et non une lecture a posteriori projetée sur le texte. Citation à retenir pour toute présentation académique ou apologétique du système (cf. contacts Langlois, Frère Paul Adrien).

  • Distinction Bardet mémoire/imagination comme deux modes d’inspiration « dans le registre du Père » — catégorie théologique propre à Bardet, sans équivalent direct encore repéré chez CLG.
  • Note 9 (à vérifier p. suivante des notes du chapitre III, non encore transcrites).

Photo : IMG_20260901_133828.jpg · Voir l’original

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