Qu’est-ce que la Kabbale ? (suite)
charpente consonantique ne s’y prête valablement. « Un auteur belge du 17e siècle, Henry du Puy (Erycius Puteorus), a publié un opuscule où il étudie ce qu’on pourrait appeler les procédés de la Kabbale comparée : De Anagrammatismo quae Cabalae pars est (Bruxelles, 1643). Ne nous étonnons pas. Il est dans la ligne du Bruxellois Maubaer, lequel a porté jusqu’à l’outrance la méditation en N points, avec des lettres inscrites sur les phalanges, tout comme sur les mains de bénédictions kabbalistiques… À quoi aboutissent ces recherches ? Que nous sert d’apprendre que pour les lettres R, O, M, A, il y a vingt-quatre manières de les disposer ? Deux fois seulement, les transmutations composent des mots qui ont un sens : ROMA et AMOR ; trois fois si l’on veut avec le nom propre : MARO ! Avec PLATO, l’on n’obtient pas une fois une disposition sensée… La réponse est simple, déclare Vuilliaud : « On prouve inconsciemment l’impuissance des langues classiques à se plier aux artifices kabbalistiques ⁹. »
Tout au contraire, si « l’on prend les trois lettres radicales Shin, chAin et Resh, on obtient, de suite : chA R Sh, chA Sh R, Sh R chA, Sh chA R, R chA Sh et R Sh chA, qui signifient : mesurer, croître, dixième, lit, méchant, trembler. Soit six combinaisons valables sur six possibles ». Telles sont les possibilités offertes par une langue d’agglutination dont les racines sont bilittères, les lettres déterminatives et qui s’ajoute des infixes simples. Il s’agit donc, pour nous, de distinguer soigneusement les possibilités réellement utilisées par l’Écriture Sainte, donc documentée, des inventions arbitraires des talmudistes ou kabbalistes, procédant à la manière de l’algèbre cartésienne.
La Kabbale comme cheval de Troie.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? On réédite le Sepher ha Zoar, dans la traduction de l’équivoque Jean de Pavly, de 1911. Les auteurs du « renouveau » kabbalistique passent sous silence le yoga judaïsé, ils n’insistent pas sur les procédés techniques ; par contre, ils étalent leur théosophie hébraïque, concurrente de la théosophie indouiste jusqu’ici régnante. Cette théosophie répond aux désirs des curieux, à la concupiscence de l’esprit, à la « libido scientia ». Elle cherche à expliciter les rapports de l’Absolu Incréé avec les relatifs créés. Nous en avons dit quelques
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