La Structure Duelle (p.349)
Élisée vis-à-vis d’Élie, c’est l’Esprit du Fils, venant habiter au milieu des hommes, ne se distinguant ni par son costume, ni par ses manières, ni par ses joies et ses peines. Il vit à l’opposé de l’Esprit du Père, lequel caractérisera, plus tard, l’essénien Jean le Baptiste, localisé à l’Orient, au bord du Jourdain (le fleuve qui descend des neiges au Nord : Y R D N = 59. 14. 5., et va se jeter dans la mer Morte au Sud). Rappelons que c’est seulement après avoir mentionné le Baptiste que Matthieu 3.13 écrit : « Alors paraît Jésus de Galilée. » L’Esprit du Père, c’est le sacerdoce héréditaire d’Aaron ou le lévitisme. L’Esprit du Fils, c’est le simple laïcat, qui n’a point la prétention d’être « séparé » (Ph R Sh) du troupeau ; le Temple détruit avait ouvert le champ libre au sacerdoce universel… les Romains l’ont fermé. Que sont devenus les diacres et diaconesses efficients, qui fournirent Étienne, le premier martyr, ou Philippe, transporté par l’Esprit.
Jésus, s’il revenait, ne pourrait même plus expliquer les Écritures dans les nouvelles synagogues romaines ! Il n’est point fonctionnaire officiel !… Dostoïevski a même insinué, dans sa légende du Grand Inquisiteur, qu’on l’aurait mis en prison ! Au lieu de critiquer les Juifs, mesurons que Jésus a pu parler partout, dans la rue, dans les champs, dans les synagogues, dans le Temple même, pendant trois ans ! avant d’être arrêté… par une caste. Quant aux apôtres, comment auraient-ils diffusé le christianisme en tout le monde romain, sans la liberté de parole dans les synagogues ? De quel côté est la plus grande peur du Saint-Esprit ? Comment le Catholicisme aurait-il pu rester vivant quand le peuple est réduit au rôle de « grande muette » !
Toutefois, Élie et Élisée ont un geste identique. Élie roule son manteau (comme une Thorah), en frappe les eaux, qui se divisent d’un côté et de l’autre. Élisée recueillit le manteau d’Élie, fit de même et frappa les eaux en disant : « Où est Y H W H, le Dieu d’Élie ? » phrase qui renferme un extraordinaire jeu unique-ment de lettres divines : « hA Y H Y H W H hA L H Y hA L Y H W » (II.Rois 2.13). Les eaux se partagèrent d’un côté et de l’autre.
Mais les deux prophètes opèrent en sens inverse. Élie a traversé le Jourdain, pour retourner à son origine, l’Orient ; Élisée pour revenir à l’Occident, car il n’est pas un geste ou un signe qui ne soit inspiré. Les « passages » sont toujours capitaux (d’où les rites de passage en tous les peuples). Deux mots-clefs les caractérisent : Ph Ss cH = Pâques, et chA B R, qui signifie, à la fois, l’ancêtre
Notes projet
✅ Vérification MCP : ירדן (Jourdain) = [59.14.5] ✓ exact.
Argument théologique fort sur la contemporanéité critique : parallèle entre l’institution sacerdotale ancienne et le catholicisme institutionnel moderne, référence explicite à la légende du Grand Inquisiteur de Dostoïevski (Les Frères Karamazov) — Jésus emprisonné par sa propre Église s’il revenait. Passage à la tonalité critique et engagée, questionnant la liberté de parole ecclésiale contemporaine (« la grande muette »). Observation textuelle notable : la phrase d’Élisée « Où est YHWH, le Dieu d’Élie ? » (II Rois 2:13) contiendrait un « jeu unique de lettres divines » entrelaçant plusieurs occurrences de YHWH/Elohim — figure rhétorique remarquée par Bardet sans qu’il en tire de valeur numérique explicite ici. Sens inverse des traversées du Jourdain (Élie vers l’Orient/origine, Élisée vers l’Occident) annonçant la suite sur les symboles Pessah/Chaver.
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