La Clef de David (p.219)
Le Talmud de Babylone comporte un traité dit : Sopherim : des Scribes, de 21 chapitres et 225 paragraphes. La partie la plus ancienne (qui semble remonter au milieu du 8e siècle après J.-C.) est constituée par les cinq premiers chapitres. Ceux-ci précisent toutes les précautions à apporter dans la révision et le contrôle des rouleaux incorrectement écrits. Dès qu’il y a plus de trois fautes par colonne (il y a trois colonnes en général par peau), la peau doit être détruite. « Trois erreurs, dans chaque colonne, peuvent être corrigées, mais s’il y en a quatre, la peau doit être inhumée », précise le Traité Menachoth 29 b.
Donnons un exemple de ce qui est qualifié faute de copiste. Caïn a un fils : Hénoch, un petit fils : Yrad, puis un troisième descendant dont le nom est écrit, sur la même ligne et côte à côte, de deux façons différentes. Voici le texte : Gen. 4.18 « Yrad engendra M cH W Y hA L M cH Y Y hA L engendra Méthoushaël ». Ça m’a crevé les yeux. Comment peut-on, logiquement, et sans sous-estimer ou mésestimer les scribes et leurs vérificateurs, admettre qu’il y ait une faute involontaire commise en deux mots côte à côte ? Le « pourquoi » est évident quand on connaît la clef de David : Yod le Père, Waw le Fils, Hé l’Esprit. M cH W Y hA L s’écrit d’abord avec un Waw de fils, parce qu’il est fils d’Yrad ; puis, avec un Yod de Père, parce qu’il est père de Méthoushaël. Pourquoi cette insistance ? parce que être fils avant d’être père est la caractéristique de l’homme… à l’inverse de Dieu. Chez les Égyptiens, le non-engendré n’a pas de nombril ; en contre-épreuve, au porche de la petite église romane de Thuret, en Auvergne, le sculpteur a insisté sur le nombril du Christ.
La contre-épreuve est approfondie. Absalon, 3e des fils de David, offre trois graphies. Il s’écrit normalement hA B Sh L W M. Mais lorsqu’il suit le perfide conseil d’Aristophel (2. Samuel 16.22) « et s’approche des concubines de son père (sur la terrasse du palais) à la vue de tout Ishraël » le texte lui ôte son Waw. Il devient hA B Sh L M trois fois de suite (16.2, 23.17.8). Sa conduite est indigne d’un fils.
Tout au contraire, lorsqu’il survit, en tant que père, dans le sang des rois de Judah, on lui ajoute un Yod : hA B Y Sh L W M. Cela lorsqu’on mentionne expressément Maak, fille d’Absalon, mère et grand-mère d’Abyam et d’Asu. (1 Rois 15.2 et 10). Absalon a donc reçu un W puis un Y selon l’ordre : fils, père. Dans l’intervalle, ce défaillant est écrit en défective, comme il se doit.
L’inattention n’est pas du côté des scribes… On pourrait plutôt leur reprocher trop d’astuce. Certes, il faut une attention soutenue
Notes projet
Deux exemples narratifs illustrant la thèse de Bardet sur la métathèse Yod/Waw (Père/Fils, p.218) : Méthoushaël (Gn 4:18, deux graphies côte à côte) et Absalon (trois graphies selon son statut narratif : normal avec Waw, sans Waw lors de sa faute, avec Yod ajouté quand il devient ancêtre royal). Aucune valeur EFP chiffrée sur cette page — argument qualitatif fondé sur la présence/absence de lettres spécifiques selon le contexte narratif.
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