La Clef de David (p.214)
voyelles longues : ou et i, quand elles ne sont pas articulées avec une voyelle suivante. Le alif, lui (correspondant au hAleph hébraïque), est toujours voyelle longue ». En conséquence, le Waw et le Ya sont nommés, généralement, semi-voyelles ou voyelles consonantiques ; l’auteur préférerait le terme : consonne instable. Pourquoi, plutôt que voyelles instables ? Toujours le même préjugé.
Outre ces trois voyelles parfaitement écrites, notre grammairien ajoute : « A côté des voyelles longues, l’arabe classique a trois voyelles brèves qui, dans l’écriture, se suppriment le plus souvent, mais apparaissent dans la lecture. » Le damma : u bref ; le fatha : a bref ; le kasra : i bref. La « grammaire » est née en Occident, vers le 3e siècle avant J.-C., pour expliquer Homère et les textes sanscrits. C’est d’Occident que vient la définition de la con-sonne. De quel droit baptiser « consonne » (dans les langues sémitiques) les lettres écrites, alors que, dans les langues indo-européennes, les voyelles, aussi, sont écrites ? Qui ne voit que les sémitisants confondent langage et écriture, audition et vision ? qu’ils ne comprennent pas le rôle de l’écriture pleine, laquelle a pour but de rendre intangible seulement ce qui doit rester intangible. Les voyelles non écrites peuvent, elles, voltiger, changer de prononciation, sans déformer l’intangible.
Si notre orthographe française, par exemple, est souvent mise en accusation, n’est-ce point, justement, parce qu’il y a distorsion entre l’orthographe ancienne, totalement pleine, et la prononciation actuelle qui, en deux ou trois siècles, a notablement changé ⁵ ? Qu’importent, au contraire, la multiplicité des dialectes, les variations séculaires des prononciations dans le système hébraïque authentique ? Sont écrites, fixées pour l’œil, les voyelles, gutturales et consonnes intangibles. Peuvent varier, sans importance, les vocalisations, comme varient les mélopées et les modes musicaux.
Les premières grammaires hébraïques ont été élaborées à partir du 11e siècle, par des Juifs qui écrivaient en langue arabe avec des caractères hébreux carrés. Ainsi, l’œuvre du célèbre Maïmonide est en arabe, écrite en caractères qui ne conviennent point à cette langue. La traduction française de Salomon Munk est excellente, mais se renferme de multiples erreurs dans les citations hébraïques. Lorsqu’il s’agit de translittérer, en effet, Munk — ou plutôt son secrétaire : Moïse Schwab, car, lui, a terminé aveugle — a ajouté des voyelles pleines là où il n’y en avait point dans la Thorah. Or, le texte biblique repose, essen-
Notes projet
Argument central de Bardet : distinction entre écriture pleine (hébreu, intangible) et écriture défective/vocalisée a posteriori (grammaires arabes et occidentales). Référence biographique : Moïse Schwab (secrétaire aveugle de Salomon Munk, traducteur de Maïmonide) — déjà cité comme source de traduction dans le chapitre V. Pas de valeur EFP à vérifier sur cette page.
Photo : IMG_20260902_132234.jpg · Voir l’original