Le Trésor secret d’Ishraël (p.314)

Le Waw perdu et retrouvé.

Quoi de plus structuralement opposé que le grec vocalique et l’hébreu consonantique ? La transcription des noms propres d’hébreu en grec est cause des pires confusions, augmentées par leur traduction en langue vulgaire, différente selon les juifs, les protestants ou les catholiques. A tel point que je n’ai pu adopter un système unique de transcription. Mais le fait est là, le grec a adopté les lettres numérales de l’hébreu, le principe du logos-arithmos — du logarithme, pourrait-on dire, si le mot n’avait été employé autrement par le baron Neiper ¹².

Chez les Égyptiens ou les Babyloniens, on employait des signes différents pour la numération et pour l’écriture. Chez les Romains et tous ceux qui leur succédèrent jusqu’à la numération (dite) arabe ou indo-arabe, il y aura deux groupes de signes pour les nombres et pour les lettres, comme on distingue, de nos jours, les mathématiciens et les lettrés.

Chez les Grecs, on rencontre trois manières d’écrire les nombres : à l’époque de Périclès, les Grecs employaient — pour écrire officiellement les nombres — des signes qui n’étaient autres que les premières lettres des mots désignant ces nombres : Π, Δ, H, X, M pour 5, 10, 100, 1000, 10000… C’était la méthode acrophonique : par l’extrémité. Ces symboles des nombres furent décrits, tardivement (vers 200 ap. J.-C.), par le grammairien grec Hérode. Aussi les a-t-on appelés : chiffres hérodiens.

Mais pour numéroter les Livres de l’Iliade et de l’Odyssée, les Grecs avaient utilisé les lettres de l’alphabet avec leur simple valeur ordinale. Fut-ce par suite d’une première diaspora dans la mer Égée, due au mouvement commercial amorcé par Salomon ? par suite de la vente d’esclaves hébreux par leurs créanciers coreligionnaires, ce scandale qui précéda la destruction du Premier Temple ? De nombreuses enquêtes restent à faire concernant l’influence hébraïque sur la Grèce… avant que l’alexandrinisme, en revanche, détruise la tradition mosaïque. Dès les monnaies des Macchabées (166-49), la fameuse numération « à la grecque » est utilisée.

Toujours est-il que la transmission des lettres-nombres aux Grecs semble s’être effectuée vers l’époque de la Captivité. Les lettres grecques se sont inspirées, quant à leur forme, des phéni-

Notes projet

Nouvelle section « Le Waw perdu et retrouvé ». Développement historique dense sur les trois systèmes numériques grecs successifs : chiffres acrophoniques/hérodiens (Périclès, décrits tardivement par Hérode ~200 apr. J.-C.), puis lettres numérales à valeur ordinale (utilisées pour numéroter l’Iliade/Odyssée, sujet déjà abordé ch. VII pp.257-258), enfin la numération alphabétique « à la grecque » attestée sur les monnaies macchabéennes (166-49 av. J.-C.). Hypothèse spéculative de Bardet sur une influence hébraïque précoce en Grèce via le commerce salomonien ou la vente d’esclaves hébreux — présentée avec prudence (« de nombreuses enquêtes restent à faire »). Pas de valeur EFP hébraïque sur cette page (sujet: histoire de la numération grecque).


Photo : IMG_20260903_133742.jpg · Voir l’original