Le Waw, Fils de Théos (p.301)

Les anomalies, perles de l’exégèse.

Il est évident que si les grammairiens n’avaient point traité à la légère les anomalies ; s’ils avaient pratiqué une « lecture révérencieuse », comme on disait jadis, ils auraient retrouvé, depuis un bon millénaire, la grammaire d’Esdras. Ils n’auraient pas attendu qu’un architecte soit forcé de sonder les fondations.

Ainsi, un respectable franciscain mentionne en sa grammaire : « En hébreu, comme dans les autres langues sémitiques, les voyelles sont un élément secondaire du mot, aussi subsistent-elles de fréquentes variations ⁵. » Partant de cette généralisation — qui met le Texte sacré sur le plan du cananéen et de l’assyrien — il ne s’étonne guère de trouver B N W — B chA R (Nombres 24.3) dans les deux derniers oracles de Balam, fils de Béor. Il observe simplement qu’il est écrit B N W au lieu du génitif, du « construit » habituel B N Y. Le Yod est, en effet, la marque du génitif dit archaïque… Je dirais : du Père qui engendre. Les très savants, eux, appellent ce Yod un « hireq de jointure » !!! confondant le point avec la voyelle.

Notre érudit classe ce W dans les voyelles paragogiques, ou d’appui, et conclut confortablement : « on le trouve aussi en akkadien ou en amorrite »… Soyons plus attentifs, plus sérieux, et regardons de plus près cet araméen : Balaam : B L chA M = 54. 18. 9., rendu célèbre par son ânesse : hA Th W N = 54. 18. 9. également. Cette ânesse semble bien symboliser le corps monté par l’esprit, du Prophète : « depuis que tu existes », lui dit-elle : M chA W D K = 62. 26. 8. (Nombres 22.30). L’instinct du corps reste plus en affinité avec son Créateur que le vouloir humain. L’épisode est l’un des plus instructifs.

Au départ, à l’amont, quand on nomme Balaam pour la première fois, il est écrit : B N — B chA W R = 71. 26. 8., et il habite en : Ph Th W R H, qui est sur le fleuve : H N H R (Nombres 32.5). En aval (31.8) et très en aval (Michée 5.4 et 6.8), qui sert d’Haphtarah à cette séquence, il est écrit, également : B N — B chA W R.

Il n’est appelé : B N W — B chA R = 60. 24. 6. que lors de ses deux derniers oracles (24.3 et 15). Il ne s’agit nullement d’une métathèse courante du Y en W. C’est le W du nom de son père Béor qui se suffixe au mot « fils » durant l’oracle ! Il en est de

Notes projet

✅ Vérifications MCP — page entièrement confirmée, 5 EFP exacts :

  • בלעם (Balaam) = [54.18.9] ✓ exact
  • אתון (« ânesse ») = [54.18.9] ✓ exact — identique à Balaam, convergence explicitement relevée par Bardet lui-même (« symbolise bien le corps monté par l’esprit »)
  • מעודך (« depuis que tu existes », Nb 22:30) = [62.26.8] ✓ exact
  • בן בעור (« fils de Béor », forme habituelle) = [71.26.8] ✓ exact
  • בנו בער (forme rare des 2 derniers oracles, Nb 24:3.15) = [60.24.6] ✓ exact

Nouvel exemple de la méthode de Bardet sur une anomalie grammaticale précise (בנו au lieu du génitif construit בן), argumentant contre la lecture des grammairiens comparatistes (rapprochements akkadien/amorrite jugés hors-sujet). L’épisode de l’ânesse de Balaam (Nb 22) sert d’illustration à la thèse du « corps monté par l’esprit », l’instinct animal étant présenté comme plus proche du Créateur que la volonté humaine.


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